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  • : Editions Jarjille
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  • : Jarjille est une maison d'édition associative. Si les auteurs sont fortement imprégnés par le monde de la bande dessinée, Jarjille propose d'emprunter d'autres voies, tissant des liens entre textes et images. Le catalogue s'étoffe d'année en année depuis 2004, abordant de nombreux domaines de la création graphique et littéraire
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Jarjille est une maison d'édition

associative stéphanoise.
Si les auteurs sont fortement imprégnés

par le monde de la bande dessinée,

Jarjille propose d'emprunter d'autres voies,

tissant des liens entre textes et images.
Le catalogue s'étoffe d'année en année

depuis 2004, abordant de nombreux

domaines de la création graphique

et littéraire.

12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 15:30

Voici une interview que m'a accordé Benoît Grimonpont, directeur de publication de la revue Doryphores, (revue d'étude sur Hergé) qu'il en soit une nouvelle fois remercié :

Bonne lecture :

Automne 2008 : comme je flâne entre les éventaires de la librairie « Bulles en Stock », je me sens irrésistiblement attiré par un album au format à l'italienne. Sur la couverture, une femme gît, inanimée, surun tapis de vieilles bandes dessinées ; à ses côtés, un homme jeune, assis sur un carton, me dévisage. Je m'approche : mais oui, c'est bien un album de Tintin qu'il a entre les mains ! Fébrilement, je feuillette le livre, me rends compte qu'Hergé est au coeur de l'intrigue et me laisse emporter, avec Max, Lucia et leurs amis, dans cette histoire impeccablement scénarisée et admirablement dessinée. Sous le charme, je décide d'en apprendre davantage sur ses auteurs : je parviens à contacter Deloupy qui, pour mon plus grand bonheur, accepte non seulement de répondre à mes questions mais aussi de réaliser la couverture de ce numéro de Doryphores ! Mais chut ! : laissons-le nous conter la genèse de Faussaires...

RENCONTRE AVEC DELOUPY

Doryphores ! : La première partie de Faussaires a été publiée en septembre 2008. La parution de cet album (que vous avez réalisé avec votre complice Alep) a été saluée dans le monde de la BD en général et dans le landernau tintinophile en particulier. Il ne s’agit toutefois pas de la première aventure de Max, votre héros, libraire spécialiste du 9ème Art…

Deloupy : En effet, Max, Lucia et Samuel sont nés dans un premier album intitulé  L’Introuvable , une sorte de galop d’essai pour Alep et moi ! Cette aventure tourne aussi autour de la bibliophilie puisque nos héros enquêtent sur un vol commis dans leur librairie de bandes dessinées, le vol d’un livre, recensé nulle part et d’un auteur illustrateur mineur, sans cote particulière…Il va sans dire que cet album cache un secret que nos amis sauront découvrir ! L’Introuvable est maintenant épuisé et devrait être réédité courant 2009 .

D ! : Hergé se trouve au cœur de l’intrigue de Faussaires. Max et ses amis se lancent en effet sur la piste d’un album inédit que le créateur de Tintin aurait réalisé lors d’un séjour imposé par les circonstances en Auvergne, en mai-juin 1940. Comment cette idée de scénario s’est-elle imposée ?

- D. : L’idée de l’intrigue de Faussaires date du début des années 90, j’habitais Avignon à l’époque et j’avais développé seul un embryon de scénario où apparaissait déjà l’idée du Tintin inédit. Un vieux rêve que caresse tout tintinophile, il me semble… Cette idée est restée dans un carnet de notes, attendant d’être développée… Lorsque je suis revenu à Saint-Etienne, nous avons entamé avec Alep plusieurs collaborations autour de l’illustration ou de la bande dessinée qui avaient toutes en commun la bibliophilie, le livre, la recherche d’éditions rares… Ce centre d’intérêt commun nous l’avions aussi dans la « vraie » vie, puisque nous passions beaucoup de notre temps libre à chercher des albums anciens d’illustrations ou de bande dessinée… Cela a donné un premier album, Comixland, un livre d'illustrations pour adultes racontant le parcours d’un collectionneur de bandes dessinées ! Comixland comporte pas mal de références à Hergé et à Tintin et notamment, à la fin de l’album, à un album inédit d’Hergé. Comme quoi, l’idée n’avait jamais cessé de me hanter ! Nous avions pris goût à travailler ensemble (il faut préciser que je connais Alep depuis l’enfance et qu’en plus d’être un parfait collègue de travail, c’est un excellent ami !), et j’ai donc ressorti mon histoire de libraire découvrant un Tintin inédit réalisé par Hergé pendant la guerre. Le contexte de la guerre, la débâcle belge, Saint-Germain-Lembron, M.Trentin et pas mal d’autres choses figuraient dans la première mouture du scénario que nous avons écrit ensemble mais nous trouvions l’intrigue pas assez ficelée et trop manichéenne ! Nous avons donc travaillé sur L’Introuvable, récit plus simple et me permettant de voir mes capacités à dessiner un 48 pages couleurs… A la lumière de cet album, nous avons réécrit le scénario de Faussaires dans sa totalité (les deux parties) puis j’ai repris le crayon et le pinceau, et voilà !

D ! : A la lecture de l’album, le tintinophile constate avec plaisir que vous possédez de solides connaissances sur Hergé et son œuvre. Vous êtes-vous spécialement documenté pour cette aventure de Max ou étiez-vous déjà un fin connaisseur de la biographie de Georges Remi ?

D. :Ces connaissances ne sont pas seulement liées à Faussaires ! Nous avons, Alep et moi, lu et accumulé bon nombre de biographies sur Hergé tant par goût que pour nous documenter sur l’auteur ! Il nous semblait important de ne pas raconter n’importe quoi : même si Faussaires n’est qu’une histoire, nous savions que « s’attaquer » à Hergé susciterait l’intérêt des aficionados. Aussi, en nous basant sur des faits réels de sa bio, il fallait « écrire » entre les lignes, rester plausible ou possible et permettre au doute de naître, celui du lecteur (oui, un album inédit d’Hergé pourrait exister) et celui de Max, Lucia et Samuel (est-il possible qu’il ait eu le temps de faire cela et pourquoi n’en savons-nous rien aujourd’hui ?) ! Les nombreuses publications autour de l’œuvre d’Hergé ont toutes été bien utiles… 

D ! : L’intrigue de l’album mystérieux peut toutefois surprendre, Tintin y épousant la cause des résistants au nazisme. Pourquoi un tel choix : pour faire un pied de nez aux sempiternels détracteurs d’Hergé ? Adoptez-vous la même attitude que Max (« Je ne lui ai jamais reproché d’être raciste ou antisémite, parce que pour moi il était juste aussi bête que les gens de son temps. ») au sujet du comportement d’Hergé durant la guerre ?

- D. : C’est une question qu’Alep et moi nous sommes évidemment posée ! Dans une première version du scénario, la lettre signée RG pouvait être interprétée dans les deux sens : Tintin épousant la cause des résistants ou épousant la cause des nazis ! Mais l’idée et l’image étaient trop complexes à mettre en place. On rejoignait la question précédente, celle de l’authenticité des faits attribués à Hergé… On ne pouvait pas inventer n’importe quoi sans pouvoir le justifier ensuite d’un point de vue biographique. Je crois qu’il ne faut pas oublier que Samuel réalise un dessin en se servant d’une simple description de couverture sur une lettre, il y a donc interprétation sur le sens de l’image ! Cette interprétation est aussi faite par Max et Lucia…et par les lecteurs ! D’ailleurs cette image m’a posé, en tant que dessinateur, énormément de problèmes parce que les couvertures d’Hergé sont parfaites, qu’elles fonctionnent comme des affiches, avec très peu d’éléments, peu de décors, peu de personnages ! C’est l’image de l’album que j’ai dessinée en dernier. Je tenais à ce que l’on n’ait pas de doute sur cette image et que l’on puisse vraiment l’attribuer à un album de Tintin. J’espère l’avoir réussie ! D’autre part, la « collaboration passive » d’Hergé devait être évoquée, nous ne souhaitions ni l’accabler ni le dédouaner. Ce dialogue « Je ne lui ai jamais reproché… » n’a pas été facile à écrire pour Alep et c’est une phrase fort juste, entendue à la radio et prononcée par Joann Sfar à propos de Tintin au Congo qui a décoincé l’affaire ! Qu’il en soit ici remercié…

D ! : Samuel, l’ami dessinateur de Max, réalise une fausse couverture pour l’hypothétique album. Elle ne tarde pas à attiser la convoitise des collectionneurs et des spéculateurs. Que pensez-vous de ces monomaniaques qui seraient prêts à tout pour posséder une édition rare ou un dessin original d’Hergé ?

- D. : Personnellement, il m’est difficile d’avoir un avis tranché sur le sujet ! Je ne me sens pas collectionneur, mais il m’arrive parfois d’acheter des petites choses rares ou même des dessins…pas d’Hergé car mon budget ne me le permet pas ! Mais je comprends que l’œuvre du « maître » puisse fasciner au point de perdre la tête : les prix exorbitants sur le net ou en salle des ventes, la rareté des pièces, la spéculation sur le moindre truc touchant à Tintin, tout concourait à mettre en scène des personnages patibulaires prêts à tout pour un dessin, alors, dans le cas d’un dessin inédit… AvecAlep, on pense même être en dessous de la vérité sur ce qui se passerait vraiment si un album inédit d’Hergé arrivait sur le marché…Je suis plus gêné par ce côté monomaniaque, la bande dessinée actuelle est riche et se tourner continuellement vers le passé, la nostalgie, c’est se couper d’une création et d’albums particulièrement intéressants ! J’ai le même regret en sens inverse, lorsque des auteurs renient ou ignorent les grands maîtres !

D ! : Hergé a-t-il joué un rôle dans votre vocation d’auteur de bandes dessinées ? Le lisiez-vous enfant ? Quel est l’album des aventures de Tintin que vous préférez et pourquoi ? De tous les personnages créés par Hergé, quel est votre favori ?

- D. : Oui, Tintin est une lecture d’enfance, léguée par mes grands-parents et mon père qui achetait les albums. Je reste admiratif devant son travail, sa gaieté, la fraîcheur des aventures du jeune reporter ! A part les deux premiers et les deux derniers albums de la série, peut-être moins réussis, il m’est difficile de choisir mon préféré. Bien sûr les diptyques « Rackham le Rouge », « Temple du Soleil » et « Lune » sont ceux que je relis le plus mais "L’étoile mystérieuse", sans doute parce que je l’ai lu tout jeune, me fascine particulièrement :c’est l’album dans lequel le monde de Tintin (et celui d’Hergé – 1942) bascule, les premières pages sont terriblement angoissantes : l’apocalypse, etc. C’est après cet album que Tintin devient véritablement sérieux et que la folie et l’irrationnel quittent ses aventures…Il m’est aussi difficile de choisir un personnage, parce que l’on ne préfère pas son père ou sa mère et que les isoler c’est perdre un peu du sel de leur caractère ! Ils forment pour moi une famille indissociable et unie.

- D ! : Faussaires est également pour vous l’occasion de mettre en scène une ville que vous aimez, Saint-Etienne. Qu’y appréciezvous particulièrement ? La préfecture de la Loire est aussi le siège de Jarjille : pouvez vous nous en dire un peu plus sur cette maison d’éditions ?

- D. : Comme nous avions choisi une librairie existante (aujourd’hui transformée en salon de coiffure), il nous semblait logique que l’histoire se déroule dans les rues de Saint-Etienne…C’est un jeu pour les Stéphanois de reconnaître les lieux et pour nous un moyen de rendre plus vraie cette intrigue en y insufflant un peu de réalisme ! En plus Saint-Etienne est devenue une jolie ville, alors pourquoi se priver ? Jarjille est une maison d’édition associative que nous avons créée à trois (Alep, Alain Brechbuhl et moi) et qui publie des livres centrés sur les rapport texte-image : bande dessinée, illustrations, photo, etc. C’est une belle aventure qui dure depuis 2004, le catalogue comporte une dizaine de titres et nous avons fait le choix de n’avoir pas de diffuseur pour consacrer l’essentiel des gains à l’édition et aux auteurs. Nos livres sont présents dans quelques librairies ou sur notre site (www.jarjille.net). De plus le blog de Jarjille (http://jarjille.canalblog.com) permet de se tenir au courant de l’actualité et de l’avancée de la deuxième partie de Faussaires, j’y poste des crayonnés, des recherches et quelques pages… 

D ! : Vous avez, je crois, entamé la deuxième partie de Faussaires : où en êtes vous à ce jour et quand pensez-vous que l’album sera disponible ?  

- D. : Comme je l’ai dit précédemment, la totalité du scénario est écrite et je dessine actuellement les pages 8 à 10. J’espère avoir fini pour la fin de l’année !

Propos recueillis par Benoît GRIMONPONT (mars 2009)

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Published by deloupy - dans revue de presse
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commentaires

Hectorvadair 17/05/2010 16:12

Bel hommage venant d'une revue "hergéenne". Bravo les gars !!Et une prochaine interview à venir dans la "Muse"...

Zelba 13/05/2010 09:51

Chouette intervieuw ! Tu sais, quant à la sortie de "Faussaires 2", nous ne sommes plus à l'année prêt ;)

deloupy 10/05/2010 13:31

A la relecture, je me rends compte que pour la fin de Faussaires 2 j'ai précisé l'année ! Mais raisonnablement on peut esperer 2010 ! Si,si ....